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Amateur ou professionnel, il y a une différence

Après l’article « Je serai un professionnel du JdR« , je poursuis mes réflexions sur la professionnalisation dans notre hobby. Je dévoilerai ainsi peu à peu mes intentions et mes projets qui, je l’espère, me permettront d’en vivre.

Dans le jeu de rôle, la différence entre amateurs et professionnels est floue et elle est d’ailleurs souvent minimisée dans les discussions. Pour ma part, j’ai longtemps considéré qu’il n’y avait aucune différence entre les professionnels et les amateurs « ambitieux » ou « de talent ». J’avais constaté que le fanzine amateur du Souffre-Jour est, sous de nombreux aspects, bien meilleur que certains suppléments de la gamme officielle Agone. Avec ForgeSonges également, nous étions une association d’amateurs qui a sorti des jeux de qualité reconnue : Les Ombres d’Esteren, Mississippi, etc. La plupart des projets rassemble également des amateurs et des professionnels, souvent des auteurs amateurs et des éditeurs professionnels.

Donc la différence entre amateur et professionnel n’est définitivement pas la qualité des projets, elle est ailleurs. On peut également se poser la question de ce qui changera pour moi lorsque j’aurai un statut officiel et légal d’indépendant. Jusqu’à présent, j’étais enseignant à temps plein ou partiel et je m’investissais dans mes larges temps libres pour organiser les Démiurges, rédiger la revue Swiss Made JdR, écrire des jeux de rôle, aller en convention, etc. Cet automne, j’assurerai un mandat d’historien à temps partiel (voici la description du projet pour les curieux, je ne m’étendrai pas dessus ici car ce n’est pas le sujet du blog) et je ferai mes activités de JdR à côté. D’un certain point de vue, je ne fais que remplacer mon activité rémunératrice d’enseignant par une autre. De plus, il est certain que j’aurais aussi finalisé comme amateur les projets qui servent à présent de rampe de lancement à mon activité indépendante.

Et pourtant, à mes yeux, ma situation évolue drastiquement. La différence est avant tout mentale et organisationnelle. C’est toute la démarche qui diffère. Je ne dis pas que l’on devient plus sérieux en devenant professionnel car j’ai toujours été très sérieux dans tout ce que j’ai entrepris dans le jeu de rôle. Jusqu’à présent, ma vie professionnelle et mes créations (JdR et histoire régionale) étaient clairement délimitées. J’ai bien fait du JdR en classe et je suis professeur d’histoire mais l’intégration entre mes diverses activités n’était pas satisfaisante, voir stressante. Finalement, ma vie professionnelle créait des contraintes qui empiétait sur mes activités de créateur et de chercheur. Inversement ma passion empiétait parfois sur la qualité de mon travail et sur ma qualité de vie (retard dans les corrections, fatigue et surmenage).

La grande révolution pour moi est donc avant tout d’avoir l’ambition de mettre mes passions au centre de mes activités. J’ai acquis depuis Pâques une certaine sérénité et j’ai enfin l’impression que je fais ce que j’ai profondément envie de faire. Mes activités professionnelles s’intègrent enfin à ma vie et elles sont, déjà maintenant, en train d’entrer en résonance et de devenir un tout cohérent. Il faut également dire que depuis que je suis clair sur ma future professionnalisation et que je les ai rendues publiques, je suis plus proactif et des collaborations se profilent déjà avec différents partenaires. Comme amateur, à chaque nouveau projet, j’avais le souci d’évaluer « si ça n’allait pas empiéter sur mon travail » ; comme indépendant, lorsqu’un bon projet montre le bout de son nez, je m’enthousiasme en me demandant « comment l’intégrer à mes autres activités ». Car finalement, la professionnalisation rend possible une plus grande ambition, j’aurai une liberté d’organisation maximale et la possibilité de déterminer mes priorités de travail.

Je n’idéalise pas non plus mon nouveau statut. Il y a également des contraintes, financières avant tout. La professionnalisation induit une obligation de rentabilité globale de mes projets, au moins pour manger et payer mes factures. Il faudra donc plus rationaliser le travail et, même s’il est toujours possible de faire des projets créatifs fous et sans logique économique, il faut assurer derrière avec des projets plus « payants ». De plus, toutes les activités qui étaient jusqu’à maintenant strictement récréatives comme les conventions acquièrent une nouvelle dimension plus sérieuse. Ça fait un petit peu bizarre d’y penser.

Ce n’est ici que mes premières impressions depuis que je me suis décidé. Sans doute que la réalité est bien plus complexe que cela et que je me projette avec plein d’illusions, mais je voulais partager cette réflexion basée sur mon ressenti. Et vous comment vivez-vous ou imaginez-vous la différence entre amateur et professionnel ?

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Je serai un professionnel du jeu de rôle

Un titre bien particulier et, d’une certaine manière, racoleur pour cet article car depuis que j’ai la chance d’être auteur dans le jeu de rôle (Le Souffre-Jour, 2007), j’ai toujours entendu dire :
« Il n’est pas possible de vivre de la création de jeu de rôle. » 
« Les gens qui en vivent se comptent sur les doigts d’une seule main. »
 « Le JdR est un marché de niche qui ne fait plus vivre grand monde. »
Toutes ces affirmations sont globalement vraies et je ne vais pas les remettre en question. Il n’empêche que j’ai pris une décision importante avant Pâques 2013 : je vais devenir un professionnel du jeu de rôle. Je ne vais pas ici présenter ici mon business plan pour espérer un revenu de mon activité car il n’est pas encore établi précisément. J’ai bien des idées et des projets concrets qui me serviront de base au modèle économique que je souhaite mettre en place, tout ceci fera l’objet d’un article en temps voulu. Je vais plutôt parler de mon parcours et ce qui m’a poussé à prendre cette décision.

Au niveau professionnel, j’ai une formation d’historien et géographe complété par une formation pédagogique pour le niveau secondaire II. Depuis la fin de mes études, j’ai toujours travaillé dans l’enseignement avec quelques périodes de chômage ponctuelles pour faire le pont entre deux places de travail. Je pense être un enseignant qui n’est pas trop mauvais, j’ai du moins toujours donné satisfaction à mes employeurs. Si j’ai enchaîné plusieurs postes, c’était toujours choix personnel car je ne m’y sentais pas très bien.

Le salaire d’enseignant est confortable surtout lorsque l’on garde un train de vie d’étudiant, ou presque, comme moi. Je ne me prive de rien mais j’ai gagné pendant plusieurs années plus d’argent que je n’en dépense. J’ai à présent quelques économies.
Dans mes loisirs, j’ai passé des heures et des jours pour la création de JdR. J’ai commencé dans le fanzine Souffre-Jour qui m’a appris à écrire, puis j’ai poursuivi avec l’association ForgeSonges et le forum Silentdrift  ce qui m’ont appris à créer des jeux de rôle. Ainsi, à côté de mes activités, j’ai participé à quelques publications, j’ai dirigé une équipe de création de jeu de rôle pour Billet Rouge et j’ai créé de A à Z mon propre jeu Romance Érotique. Je suis devenu un auteur amateur reconnu (ou remarqué) et j’ai passablement exploré la niche du JdR et ses particularités.
Les astres se sont alors alignés pour moi. D’un côté, mon activité d’enseignant ne me satisfaisait plus suffisamment et j’avais un petit peu l’impression que j’avais fait le tour au niveau créatif dans mon loisir. Cela ne signifie pas que je n’ai plus d’inspiration et que je ne souhaitais pas créer de nouveaux jeux. C’est simplement que le statut d’amateur apporte des satisfactions : découvrir les choses, publier son bébé, rencontrer de nouvelles personnes. Mais il m’en faut plus, il me faut de nouveaux défis, je souhaite être de plus en plus ambitieux dans mes projets de création. Et pour ça, bricoler le soir après le travail ou le week-end, ça ne suffit plus. Je devais passer à la vitesse supérieure si je voulais encore créer avec autant de plaisir.
Mais ce qui m’a convaincu de sauter définitivement le pas, c’est un mandat d’historien qui débutera à partir de cet automne. Celui-ci m’assurera le minimum vital pendant plus d’une année, tout en me donnant une flexibilité de travail extrême. C’est une activité qui s’accorde parfaitement avec celle de création de JdR. J’ai donc décidé de me lancer comme « historien et game designer » indépendant[1]. J’ai donc démissionné de mon travail d’enseignant (je termine le semestre tout de même) et je ne me consacrerai alors exclusivement qu’à mes créations de jeu de rôle et à la mise en valeur du patrimoine.
On peut me croire optimiste ou doux rêveur. Mais je crois que c’est exagéré. J’ai rencontré et échangé avec des auteurs qui se revendiquent professionnels comme Romaric Briand ou Brand. Nous avons discuté et j’ai pu évaluer les difficultés qu’ils rencontrent. Elles semblent nombreuses mais je ne les estime pas insurmontables. J’ai également fait le choix comme historien d’avoir une activité différente mais complémentaire au JdR. Ce n’est pas uniquement pour des raisons financières que je diversifie mes activités : l’histoire est également ma passion au même titre que le JdR.

Et finalement, qu’est-ce que je risque ? Je ne vais pas m’acharner dans une activité indépendante jusqu’à ce que je sois ruiné et condamné à vivre sous les ponts. Je me suis laissé une année pour tenter ma chance, je ferai mon premier bilan après une année. C’est peut-être la crise de la trentaine mais c’est aussi sans doute le dernier moment de me lancer avant que des responsabilités familiales viennent éclairer mes nuits. Souhaitez-moi bonne chance.


[1] Il s’agit d’indépendance économique au sens du statut juridique professionnel qui y est rataché en Suisse.

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Réorganisation de mes activités

Depuis quelques mois, et sous l’impulsion des réflexions de Thomas Munier et Romaric Briand, je pense de plus en plus à considérer autrement mon activité de créateur. Jusqu’à présent, je me suis toujours considéré comme un créateur du dimanche : un auteur qui crée et écrit des JdR et qui les édite pour la beauté du geste. J’ai toujours cherché à offrir à mes créations la meilleure diffusion possible et à  optimiser mes gains. Le but était avant tout de faire les choses au mieux mais ça n’avait aucun autre enjeu à mes yeux.

Depuis quelques temps donc, je suis en train de considérer que mes créations pourraient devenir l’une de mes activités accessoires. Je ne pense pas vivre du jeu de rôle mais je le considère de plus en plus comme une activité professionnelle à part entière. Il se trouve que je prépare à avoir une activité d’historien indépendant dans quelques mois et je me vois mal considérer mon activité de création de jeu de rôle, qui est techniquement comparable, avec moins de sérieux. De plus, certains développements de Romance érotique semblent prometteurs (en autoédition sans doute) et j’ai des projets JdR qui vont me rapporter des sommes qui ne sont plus de l’ordre du symbolique.

Enfin bref, j’ai changé ma manière de penser et ça m’a mis en face de certaines aberrations de mon fonctionnement passé, notamment au niveau des comptes et des finances.

Donc j’ai repensé ma manière de fonctionner, notamment en prenant en compte deux éléments :
– Une partie de ma création sera autoéditée. Il est possible que celle-ci soit à terme la méthode privilégiée.
– J’aimerais garder une très grande maitrise de mes finances et investissements dans mon activité.

Jusqu’à présent, je tenais des comptes pour chacun de mes projets de jeu de rôle pour avoir une idée de combien je gagnais (ou perdais). Par contre, j’utilisais mes comptes personnels pour les différents payements et autres.
Mon idée dans un premier temps est de ne compter sur aucun revenu issu du jeu de rôle. Je compte mettre de côté tous mes gains et capitaliser pour investir dans mon activité. J’aimerais clairement différencier mes finances personnelles de mes finances d’activités du jeu de rôle. Lorsque les revenus deviendrons plus réguliers, j’envisagerai à ce moment-là de m’accorder un revenu.

Alors, pour faciliter mon travail :
– J’ai décidé de poursuivre à faire un décompte pour chaque projet différent.
– Je me suis créé un compte bancaire séparé pour toutes les transactions en lien avec le jeu de rôle.
– J’ai créé des comptes spécifiques sur paypal et flattr (cf. ci-dessous)

Cette différenciation me permettra de mieux évaluer mes prises de risque en lien avec le jeu de rôle. La planification est essentielle pour réussir.

Comme vous le savez, j’ai également relancé le site de Swiss Made JdR que j’avais laissé un peu à l’abandon. C’est à présent ma vitrine pour toutes mes activités en lien avec le jeu de rôle mais également mon label personnel pour mes futures autoéditions. Je continuerai à faire de l’info sur le jeu de rôle en Suisse évidemment car je considère cela comme une activité indissociable à celle de ma création rôliste, comme le podcast de la Cellule pour Romaric Briand ou les articles théoriques pour Frédéric Sintes.

Ensuite, en créant un compte paypal et flattr, je me prépare à avoir la logistique nécessaire pour avoir une rémunération pour mes futurs petits projets : « L’Ingénieux Duc Ludomire de Beaubousson de la Pahalie » et d’autres petits jeux sur le pouce. Il m’est à présent possible de mettre en place de la vente de PDF et de faire de la vente directe à l’aide de paypal.

J’ai également mis en place un moyen de me soutenir pour ceux qui s’intéressent à mon travail :
– Des dons par paypal sur un bouton en marge du blog
Un bouton Flattr juste en dessus du bouton paypal. En deux mots, Flattr est un moyen de recevoir de petites contributions financières par internet. Stéphane « Alias » Gallay en parle bien mieux que moi et il a déjà une meilleure expérience que moi sur ce système.

Je sais bien que ces deux moyens ne me rapporteront pas beaucoup mais on ne sait jamais, ce sont les petites rivières qui font les grandes. J’ai également choisi d’utiliser Flattr car je trouve le concept idéologiquement intéressant.

Tout ceci peut paraître peu de chose, mais c’est une vraie révolution pour moi. Un chamboulement psychologique avant tout mais je voulais parler de ces changements d’organisation qui vont faciliter mon processus d’autoédition et qui marquent un tournant dans ma manière de fonctionner.

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La collaboration locale : la conférence sur Tigre Volant

Je roule ma bosse dans le milieu de création et de l’édition du jeu de rôle depuis déjà quelques années. Je connais assez bien les difficultés, notamment économique, qui y sont liées. Je n’ai pas de solution miracle à cette situation mais il y a une piste que j’aimerais explorer et qui me semble avoir du potentiel : mettre en place des collaborations sur les projets. Pour cela, il faut intensifier la mise en réseau des acteurs de jeu de rôle et c’est ce que j’essaye d’initier humblement au niveau régional avec Swiss Made JdR.

Le principe de collaboration n’est pas nouveau dans le milieu du jeu de rôle, j’en sais quelque chose en ayant géré de nombreux partenaires lors de l’organisation des Démiurges en herbe pour ForgeSonges. Mais je trouve que les collaborations tournent souvent dans notre petit vase clos du jeu de rôle et il serait à mon avis profitable de créer des ponts avec des partenaires extérieurs. Les efforts en partenariats ne s’additionnent pas, ils se multiplient. Je crois d’ailleurs que l’aspect local de certains projets peuvent s’avérer extrêmement attractif pour intéresser des partenaires non-rôlistes et la proximité géographique permet des collaborations encore plus efficace. J’ai un projet de ce type dans les cartons mais je vous en parlerai en temps voulu.

Un exemple de ces collaborations, j’aimerais citer un projet très récent en Suisse. Stéphane « Alias » Gallay, l’auteur de Tigre Volant, le jeu le plus suisse du monde, a fait une conférence à la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds. Cette conférence s’inscrivait elle-même dans les activités préliminaires au festival de jeu Ludesco. La conférence a été filmée et diffusée en direct sur internet. Elle est d’ailleurs disponible à présent sur youtube.
 
Les trois partenaires apportent ce qu’ils peuvent :
– Ludesco donne le prétexte pour une telle conférence et une certaine visibilité ;
– Alias a fait la conférence ;
– La bibliothèque fournit le lieu et toute la technique.

Et les trois partenaires sont gagnants (je simplifie) :
– Ludesco a une petite promotion sur ses activités ;
– Alias a à présent une vidéo d’assez bonne qualité à sa disposition où il présente son jeu ;
– La Bibliothèque obtient un nouvel élément à ajouter à son rapport d’activité 2013 et a mis en valeur d’une certaine manière ses activités à l’extérieur.

Tout le monde est gagnant et finalement un petit effort de chacun à permis des résultats bien plus important que tout seul. La bibliothèque, acteur extérieur au jeu de rôle, n’est pas un simple outil pour les autres acteurs car elle est gagnante dans l’affaire. Nos activités ludiques ou créatives sont des plus-values potentielles pour des acteurs extérieurs, il ne faut pas l’oublier et il faut les aborder dans cet optique. Des subventions par exemple ne sont pas une aumône mais un investissement dans un projet qui profite à la collectivité.
Et dans l’histoire, le jeu de rôle s’en ressort grandi. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de conseiller une jeune fille novice à la sortie de la conférence. Elle est ressortie de la bibliothèque avec un jeu de rôle de la bibliothèque sous le bras.

Alors amis rôlistes et helvètes : collaborez et cherchez des idées de collaboration inédites. J’aurai plaisir à relayer l’info.

Ludesco : http://ludesco.ch/
Tigre Volant : http://www.tigres-volants.org/
Bibliothèque de la Ville, La Chaux-de-Fonds : http://cdf-bibliotheques.ne.ch/